La fête de la bière de Munich attire des millions de visiteurs chaque automne. Mais derrière les chopes d’un litre et les orchestres bavarois se cachent des histoires surprenantes. En voici quelques-unes à ressortir au comptoir, effet garanti.

Tout est parti d’un mariage

La plus grande fête de la bière du monde n’était au départ qu’une noce princière. Le prince héritier de Bavière épouse la princesse Thérèse, et le peuple est invité à venir trinquer et assister à une course de chevaux sur la prairie devant Munich. La prairie prend le nom de la mariée, Theresienwiese, la « prairie de Thérèse ». Les Munichois l’appellent toujours « die Wiesn », tout simplement. Le succès fut tel que la fête fut renouvelée, année après année, jusqu’à devenir un phénomène mondial. Voilà deux siècles qu’un mariage fait tourner les chopes.

Einstein a vissé des ampoules dans une tente

Voici probablement l’anecdote la plus savoureuse. À la fin du XIXe siècle, l’électricité fait son entrée à la fête. L’entreprise d’électricité de la famille Einstein décroche le contrat d’éclairage des tentes, et le fils du patron, un adolescent du nom d’Albert, passe ses journées à visser des ampoules au plafond de la tente Schottenhamel. Le futur prix Nobel de physique a donc littéralement apporté la lumière à la fête de la bière. Les historiens débattent encore des détails, mais la légende fait toujours son effet.

200 000 chopes volées en une seule édition

Le souvenir le plus convoité de la fête, c’est la chope. Le fameux Maß d’un litre, propriété des brasseries, ne doit normalement pas sortir des tentes. Sauf que chaque année, des dizaines de milliers de visiteurs tentent le petit glissement dans la veste. Sur une seule édition, le service de sécurité a saisi jusqu’à 200 000 chopes volées à la sortie des tentes. De quoi faire de la chope de la fête de la bière l’objet volé le plus populaire du monde, un record dont Munich se passerait bien volontiers.

Une chope jamais assez pleine

Autre drame local, la fraude au remplissage. Comme la mousse masque le niveau, certains serveurs peu scrupuleux servent des chopes un peu trop généreuses en écume. Les contrôleurs de la ville ont pris l’habitude de vérifier, et le constat est tombé : sur des milliers de chopes contrôlées, une poignée seulement étaient parfaitement remplies au trait. Depuis, le verre a remplacé la terre cuite, précisément pour que le client voie le niveau. À Munich, on ne plaisante pas avec le litre.

Seules six bières ont le droit d’être servies

Impossible de commander n’importe quoi sur la Theresienwiese. Seules six brasseries munichoises, dont certaines existent depuis le Moyen Âge, sont autorisées à servir leur bière : Augustiner, Hacker-Pschorr, Hofbräu, Löwenbräu, Paulaner et Spaten. Et pas question de verser la bière habituelle. La bière de la fête est spécialement brassée pour l’occasion, avec un degré d’alcool légèrement supérieur à la moyenne, autour de 6 degrés. Autant le savoir avant de commander son deuxième litre, le titre alcoolique surprend plus d’un primo-arrivant.

27 chopes d’un seul coup d’œil, 60 kilos d’un seul coup de bras

Si vous avez déjà du mal à porter deux pintes depuis le bar, préparez-vous à avoir honte. Le record de portée de chopes, qui se court sur une quarantaine de mètres, est détenu par un Allemand qui a réussi à transporter 27 chopes d’un litre à la fois, soit plus de 60 kilos de bière et de verre. Équilibre, technique et avant-bras d’acier : à la fête de la bière, même les exploits deviennent des records officiels. Le concours existe toujours, et les candidats s’entraînent sérieusement toute l’année.

Le maire ouvre la fête d’un coup de marteau

Chaque édition débute par un rituel imparable : à midi pile, le premier samedi de la fête, le maire de Munich perce le premier fût devant la foule amassée dans la tente Schottenhamel, et lâche le cri attendu, « O’zapft is ! », « le fût est percé ! ». Deux coups de marteau ont suffi une année, il en a fallu bien davantage une autre : les Munichois gardent le score, et un maire maladroit s’entend le rappeler longtemps. Après le cri, la bière coule pour tous, et la fête peut commencer.

La chanson que tout le monde connaît sans la connaître

Toutes les demi-heures environ, les orchestres des tentes jouent le même air, « Ein Prosit der Gemütlichkeit », littéralement « Santé, convivialité ». La foule lève ses chopes, reprend le refrain en chœur, trinque, et la chanson se termine par un décompte en bavarois qui invite à boire. Écrite à la fin du XIXe siècle, elle est devenue l’hymne officieux de la fête. Si vous entendez les premières notes, la règle est simple : on se lève, on lève son verre, on trinque avec la table entière, même avec les inconnus.

La prochaine fois que quelqu’un vous dit que la fête de la bière n’est qu’une grosse beuverie, vous saurez quoi répondre : c’est un mariage princier, un laboratoire électrique et un musée à ciel ouvert du litre bien servi. Il ne reste qu’à trinquer à ça.

Sources